Santé des forêts : les toutes dernières données de l'IGN
En 2026, l'IGN a publié deux documents de référence sur la santé des forêts françaises : l'Atlas Cartographier l'Anthropocène et le Mémento de l'Inventaire forestier national. Leurs données montrent que 9 % des arbres sont aujourd'hui altérés et que la mortalité a plus que doublé en une décennie. L'IGN ne conclut pas pour autant à un déclin généralisé de la forêt française, dont ces perturbations révèlent aussi les capacités d'adaptation. Nous revenons ici sur ce que disent ces données et sur la façon dont il est possible d'accompagner les forêts dans ce contexte.
1. L'état sanitaire des forêts se dégrade
La forêt française continue de s'étendre en surface : elle couvre aujourd'hui 17,7 millions d'hectares, soit 32 % du territoire métropolitain. Les données de l'IGN montrent pourtant que son état sanitaire tend à se dégrader sous l'effet du changement climatique.
Sur la période 2021-2025, 9 % des arbres observés sont altérés, ce qui représente 197 millions d'arbres sur les 2 296 millions inventoriés. Parmi eux, 50 millions sont morts sur pied depuis moins de cinq ans. Ce chiffre constitue un minimum, puisque les jeunes arbres et ceux qui ont déjà été abattus n'entrent pas dans le calcul.
Les arbres altérés sont présents un peu partout sur le territoire, avec de fortes disparités géographiques : c'est principalement dans le Nord-Est de la France que les taux sont élevés.
Comment l'IGN mesure-t-il la santé d'un arbre ? La méthode DEPERIS, développée avec le Département de la santé des forêts (DSF), observe la présence de branches mortes dans le haut du houppier et le manque de ramifications chez les feuillus ou d'aiguilles chez les résineux. Un arbre est considéré comme dépérissant dès lors qu'il présente au moins 50 % de perte foliaire.

Source : IGN, Mémento de l'Inventaire forestier national 2026 © IGN 2026.
2. Les essences les plus touchées
Quatre essences sont les plus impactées, chacune sous l'effet d'un bioagresseur ou d'un stress identifié :
- le frêne, dont 25 % des arbres sont altérés, victime de la chalarose, un champignon dont l'aire de répartition s'étend désormais à toute la France métropolitaine ;
- le châtaignier, avec 22 % d'arbres altérés, touché par la maladie de l'encre, en recrudescence depuis les années 2000 ;
- l'épicéa commun, avec 11 %, frappé par les scolytes qui prolifèrent à la faveur des sécheresses et des températures élevées ;
- le chêne pédonculé, avec 10 %, fragilisé par plusieurs bioagresseurs des chênaies qui accélèrent le dépérissement d'arbres déjà stressés.
En volume, l'épicéa est devenu l'essence dont la mortalité est la plus élevée, avec 2,6 millions de m³ par an, devant le châtaignier et le frêne. L'IGN estime que 110 000 hectares d'épicéas et de sapins ont été sinistrés par les scolytes, les Alpes, le Jura et l'Ain étant aujourd'hui les régions les plus touchées. Les feuillus sont eux aussi concernés, puisque leur mortalité est passée de 4,5 à 12 millions de m³ par an entre les deux dernières décennies.

3. Mortalité des arbres
La mortalité annuelle atteint en moyenne 18,1 millions de m³ sur la période 2016-2024, alors qu'elle s'élevait à 7,4 millions de m³ sur la période 2005-2013. Elle a donc plus que doublé en une décennie, et cette hausse touche aussi bien les peuplements purs que les peuplements mélangés en essences.
Pour Milène Gentils, cheffe du Département de la santé des forêts, trois menaces majeures expliquent l'essentiel de cette fragilisation :
- les stress hydriques répétés, car les sécheresses prolongées, les vagues de chaleur et les faibles précipitations affaiblissent les arbres et les rendent plus vulnérables aux insectes, comme l'ont montré les attaques de scolytes sur l'épicéa ;
- les organismes nuisibles exotiques, qui ne rencontrent ni prédateurs ni parasites naturels en Europe et deviennent des ravageurs redoutables, à l'image de la chalarose du frêne, de l'encre du châtaignier ou du nématode du pin, détecté pour la première fois en France à Seignosse, dans les Landes, en novembre 2025 ;
- la surabondance d'ongulés, dont les populations ont été multipliées par dix pour les cerfs et les chevreuils et par vingt pour les sangliers depuis les années 1970, ce qui compromet le développement des jeunes plants et le renouvellement des forêts.
Ces aléas s'enchaînent, puisqu'une forêt touchée par une tempête devient plus sensible aux pathogènes et que les sécheresses répétées augmentent le risque d'incendie. La croissance de l'épicéa et du hêtre est d'ailleurs nettement orientée à la baisse depuis la fin des années 2000.

4. Impact sur le carbone forestier
La forêt continue de stocker du carbone à un rythme qui a nettement ralenti en une décennie. Le puits de carbone forestier est passé de 63 à 39 millions de tonnes de CO2 par an entre les périodes 2005-2013 et 2016-2024.
Selon l'IGN, ce ralentissement s'explique par trois facteurs :
- une mortalité en hausse ;
- une production biologique en baisse, de 8 % par hectare en une décennie ;
- des prélèvements en légère hausse, liés notamment aux coupes sanitaires.
Le bilan des flux de bois a ainsi reculé de 52 %, et il est devenu négatif pour l'épicéa et le frêne. Le stock de carbone continue néanmoins d'augmenter, puisque chaque hectare de forêt contient aujourd'hui en moyenne 82 tonnes de carbone dans ses arbres vivants, contre 73 tonnes en 2009. Dans les massifs du Nord-Est les plus touchés par les scolytes, la mortalité et les coupes sanitaires dépassent toutefois déjà la production biologique.
Reconstituer et diversifier les peuplements contribue ainsi à préserver la capacité de la forêt à stocker du carbone.

5. Accompagner la forêt dans un climat qui change
Les forêts se transforment sous l'effet du climat, et l'enjeu consiste désormais à accompagner ces transformations sur le terrain. Milène Gentils le résume ainsi : « L'un des enjeux est d'accompagner les transformations des écosystèmes forestiers, en intégrant les projections climatiques dans les choix sylvicoles et en favorisant la diversité, à tous les niveaux. » Elle souligne aussi qu'un processus de renouvellement est à l'œuvre derrière les mortalités observées, avec une recolonisation progressive des espaces libérés.
Les gestionnaires forestiers disposent pour cela de plusieurs leviers. Ils peuvent choisir des essences adaptées en intégrant les projections climatiques et la nature des sols, diversifier les peuplements par la régénération naturelle et la plantation, tester de nouvelles essences dans des « îlots d'avenir » et miser sur la diversité à tous les niveaux, selon le principe de la « forêt mosaïque ».
Chez Atmosylva, nous inscrivons nos projets dans cette démarche :
- Diagnostiquer avec les forestiers. Chaque projet commence par des études préalables menées avec les gestionnaires et les experts forestiers.
- Reconstituer. À Machault et à Amillis, en Seine-et-Marne, nous accompagnons des forêts touchées par la chalarose du frêne. À Saint-Alban d'Hurtières, en Savoie, et aux Essarts-lès-Sézanne, dans la Marne, nous reconstituons des peuplements détruits par les scolytes.
- Expérimenter. À Marines, dans le Val-d'Oise, un essai de chênes méditerranéens est mené avec le CNPF, et le projet de Nassiet, dans les Landes, associe expérimentation et régénération naturelle.
Les données de l'IGN décrivent une forêt qui a besoin d'être accompagnée pour traverser les changements en cours. C'est le sens des projets que nous développons avec les propriétaires et les gestionnaires forestiers, que vous pouvez découvrir sur notre page projets pour les projets sponsoring, et sure notre page Label bas carbone.
Sources
- IGN, Cartographier l'Anthropocène, Atlas 2026, partie 3 « Nos forêts sont-elles en danger ? », dont l'interview de Milène Gentils, cheffe du Département de la santé des forêts.
- IGN, Mémento de l'Inventaire forestier national, édition 2026. © IGN 2026.
- IGN, inventaire forestier interactif, « Les flux de bois au sein des forêts françaises », inventif.ign.fr.
- Observatoire des forêts françaises.